CADENASSAGE

RÉPONSES À VOS QUESTIONS
Mais qu’est-ce que l’analyse de risque en cadenassage ?

Olivier Daoust1

Votre entreprise a peut-être comme objectif de créer et mettre en place des fiches de cadenassage. Cela requiert du temps, de l’observation, des recherches et de l’analyse. Mais en fait, qu’est-ce qu’une analyse de risque ? Comment bien l’effectuer ?

D’entrée de jeu, notons qu’il s’agit d’une analyse (1) de risque. Autrement dit, c’est bien plus qu’un simple repérage des sources d’énergie. Il faut savoir repérer les possibles facteurs de risques et indiquer clairement comment les maitriser. Voici deux choses importantes à considérer pour obtenir des procédures sécuritaires et complètes.

Identifier les tâches

La norme canadienne CSA Z460-13 (2) mentionne qu’il faut « déterminer systématiquement les tâches à effectuer et les phénomènes dangereux qui y sont associés ainsi que la façon dont ces tâches peuvent provoquer des blessures ». Cela laisse entendre qu’une analyse de risque doit aussi inclure une analyse des tâches ou interventions qui seront effectuées sur l’équipement ou le procédé. Voici quelques exemples régulièrement rencontrés :
• Réglages ;
• Changements de procédés ou d’outils ;
• Nettoyage ;
• Entretien et réparation prévus ;
• Entretien et réparation imprévus ;
• Travaux sur le moteur ;
• Travaux sur la pompe ;
• Etc.

Il est aussi possible d’établir des zones d’intervention. Par exemple :
• Travaux à l’intérieur ;
• Travaux à l’extérieur ;
• Etc.

Lors de la rédaction d’une fiche, vous devez premièrement établir une procédure pour l’arrêt et l’isolation complète de l’équipement, et deuxièmement, dans cette même procédure, indiquer les étapes à suivre pour chacune des tâches ou zones d’intervention que vous avez identifiées. Il est donc possible, et parfois même souhaitable d’effectuer un cadenassage partiel de l’équipement.

Identifier les phénomènes et situations dangereuses

La norme mentionne ensuite d’identifier les phénomènes, situations et évènements dangereux éventuels associés aux tâches identifiées précédemment. Les phénomènes ou situations dangereuses peuvent se présenter sous différentes formes. Examinons les risques suivants :
• Risques liés aux énergies primaires ;
• Risques liés aux énergies emmagasinées ;
• Risques liés à l’environnement de travail ;

Risques liés aux énergies primaires

Le RSST (3) et le CSTC (4) dressent l’obligation d’identifier et de localiser toutes les sources d’énergie de la machine. Ces sources d’énergie sont en général facilement repérables en identifiant les dispositifs d’isolement tels que les sectionneurs et les valves par exemple. Ces sources d’énergie peuvent être notamment :

• Électricité ;
• Air comprimé ;
• Gaz naturel ;
• Eau chaude ;
• Produit chimique ;
• Hydraulique ;
• Etc.

Par conséquent, votre procédure de cadenassage devra inclure :
1. L’identification de ces énergies ;
2. L’identification des dispositifs permettant d’isoler ces énergies ;
3. L’emplacement de ces dispositifs ;
4. Le matériel requis pour les cadenasser.

Risques liés aux énergies emmagasinées

Le RSST ajoute d’inclure, à la fiche, les étapes permettant de contrôler ou éliminer les énergies résiduelles ou emmagasinées. Autrement dit, il s’agit ici d’une énergie qui demeure présente dans la machine, même après la désactivation ou l’isolation de l’énergie primaire. Et c’est la plus dangereuse. Les énergies emmagasinées sont généralement difficiles à repérer, car, bien souvent, on ne les voit pas. Il faudra alors analyser plus en détail et questionner les bonnes personnes. Sans être exhaustif, voici des exemples d’énergies emmagasinées :
• Pression d’air ou de liquide dans les conduits ;
• Charge en suspension ;
• Chaleur ;
• Gaz emprisonné ;
• Condensateur de courant chargé ;
• Double alimentation électrique (batteries, génératrice, etc.) ;
• Pièce mécanique bloquée ;
• Congestion de matériel dans une embouchure ;
• Etc.

La norme CSA Z460 ajoute qu’il faut également cerner tous les phénomènes et situations dangereuses éventuels, raisonnablement prévisibles, et qui ne sont pas directement associés aux tâches. Autrement dit, il faut aussi tenir compte des éléments suivants :
• Rupture ou bris d’une machine ;
• Éclatement d’un tuyau hydraulique ;
• Surcharges ;
• Etc.

Par conséquent, votre procédure de cadenassage devra inclure :
• Les valves de drains à ouvrir ou fermer ;
• Les valves de retour ou de contournement à fermer et cadenasser ;
• Les dispositifs de blocages à installer ;
• Temps d’attente pour laisser l’équipement refroidir ;
• Etc.

Risques liés à l’environnement de travail

Avez-vous réfléchi aux risques présents dans l’environnement des équipements et procédés ? Quel effet pourrait avoir votre cadenassage sur un autre équipement ? Voici des exemples de phénomènes dangereux que vous devrez peut-être maitriser :
• Déplacement d’un pont roulant alors que vous travaillez sur le dessus de votre
équipement ;
• Présence de charriots élévateurs ;
• Équipement déversant du matériel dans votre zone de travail ;
• Manutention ou travaux en présence de produits corrosifs ;
• Travaux effectués en espace clos ;
• Travaux effectués en hauteur ;
• Etc.

Le cas échéant, votre procédure de cadenassage pourra inclure :
• Les EPI requis ;
• Le cadenassage d’équipements mobiles à proximité ;
• Le cadenassage de l’équipement situé en amont et/ou en aval ;
• Les références à d’autres procédures (espace clos, travail en hauteur, travail
à chaud, etc.);
• Délimitation d’un périmètre de sécurité ;
• Etc.

Conclusion

Beaucoup de travail en vue direz-vous. Bien qu’une personne puisse être chargée de la rédaction de la fiche, la norme CSA Z460 nous rappelle qu’une équipe formée d’opérateurs, d’employés d’entretien et d’ingénieurs devrait participer à l’analyse de risque. Consulter ses pairs est primordial. Une fiche de cadenassage est donc bien plus qu’une simple liste de sources d’énergies. En repérant les énergies primaires et résiduelles, les risques liés à l’environnement de travail et en établissant une liste des tâches, vous aurez en main des procédures complètes et sécuritaires.


1 – Olivier Daoust – [olivier.daoust@spi-s.com]

Références bibliographiques

    1. Le mot « analyse » est utilisé dans son sens large. Pour une compréhension accrue de ce qu’est une appréciation du risque, voir la norme CSA Z432-04 au chapitre 5.
    2. Norme CSA Z-460-13. Maitrise des énergies dangereuses, cadenassage et autres méthodes, chapitre 6.
    3. Règlement sur la santé et la sécurité au travail du Québec (RSST), articles 188.6 et 188.7.
    4. Code de sécurité pour les travaux de construction, articles 2.20.6 et 2.20.7.