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La présence de traces de marijuana chez les tout-petits dont les parents sont des consommateurs a doublé chez les enfants souffrant de problèmes respiratoires. Crédit : Shutterstock

FUMÉE SECONDAIRE

Tabac et cannabis – Un risque pour plusieurs travailleurs

Le tabagisme est responsable d’un plus grand nombre de décès que l’embonpoint et l’obésité, l’inactivité physique ou l’hypertension artérielle. L’exposition à la fumée secondaire du tabac serait responsable d’un grand nombre de décès. Une législation anti-tabac protège les non-fumeurs de l’exposition à la fumée du tabac, mais, qu’en est-il pour les personnes exposées à la fumée du cannabis ?

Par Jean-Pierre Gauvin

MSC.A, CIH, ROH, SE, A(ACRP), HYGIÉNISTE ENVIRONNEMENTAL CERTIFIÉ, PROFESSEUR ADJOINT, MÉDECINE, UNIVERSITÉ MCGILL, DIRECTEUR GÉNÉRAL, CONTEX ENVIRONNEMENT INC. [gauvin@contex.ca]

Le gouvernement du Québec adoptait en 1998 la Loi sur le tabac. Celle-ci constituait une première action contre une pratique responsable de plus de 10 000 morts par année au Québec. Depuis, la règlementation s’est affinée avec plusieurs ajouts à la loi originale. L’adoption, le 26 novembre 2015 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme constituait la dernière action législative visant à protéger la population des effets néfastes du tabagisme. Les dispositions législatives rendent maintenant illégale la pratique de fumer du tabac dans un lieu de travail, un restaurant, un abribus ou à proximité des prises d’air et entrées des entrées de lieux publics, lieux de travail, bars, restaurants, hôpitaux, etc. La con sommation de cannabis qui sera bientôt rendue légale au Canada pourrait ajouter aux risques ainsi qu’au besoin d’ajouter des mécanismes de contrôle.

Mortalité liée au tabac

En 2017, il y a eu plus de 278 000 décès au Canada (1). Selon Santé Canada (2) des études ont montré que près de 17 % des décès seraient attribuables au tabagisme soit 20 % chez les hommes et 12 % chez les femmes. On notait en 2002 que le Canada comptait 5,4 millions de fumeurs, ce qui représentait près de 21 % de la population âgée de 15 ans et plus. Ces proportions seraient toujours du même ordre en 2018 et on estime que la cigarette est une cause de décès prématurés chez 55 % des fumeurs et 51 % des fumeuses.

Le tabagisme est responsable d’un plus grand nombre de décès que l’embonpoint et l’obésité, l’inactivité physique ou l’hypertension artérielle. Les principales causes de décès associés au tabagisme sont les cancers, les maladies cardiovasculaires et les maladies respiratoires.

Le premier impact des fumées ambiantes de tabac et de cannabis est associé à la présence de produits de combustion et affecte principalement le système respiratoire.

“À elle seule, l’exposition à la fumée secondaire du tabac serait responsable d’un grand nombre de décès, principalement attribuables à des maladies cardiaques et au cancer du poumon.”

Malgré les nouvelles dispositions règlementaires, il y a toujours des travailleurs susceptibles d’être exposés à la fumée secondaire du tabac. Il s’agit surtout de gardiens de sécurité, portiers, et travailleurs œuvrant lors de festivals ou à proximité de points d’entrée de bars, restaurants, entrée de terrasses ou zones publiques où il est permis de fumer. À ces expositions occupationnelles, s’ajoutent évidemment les expositions à la fumée secondaire en milieu résidentiel suite à la migration de fumées en provenance de logements voisins, de balcons ou encore lors de séjours en zones communes d’habitations tels les jardins ou piscines extérieures.

Fumée secondaire ou fumée de tabac ambiante (FTA)

La fumée de tabac ambiante (FTA) est composée à la fois de fumée exhalée et de fumée provenant directement de la combustion du tabac d’une cigarette, d’un cigare ou d’une pipe. Elle contient des particules solides, des liquides et des gaz. Les deux tiers de la fumée émanant d’une cigarette ne sont pas inhalés par le fumeur, mais sont libérés dans l’environnement immédiat de celui-ci. La fumée secondaire contient deux fois plus de nicotine et de goudron que la fumée que le fumeur inhale. Elle contient également cinq fois plus de monoxyde de carbone.

On a identifié au-delà de 7 000 composés chimiques différents dans la FTA. Parmi ceux-ci, 69 sont reconnus cancérogènes. On retrouve notamment les composés suivants : goudron, nicotine, monoxyde de carbone, cyanure d’hydrogène, benzène.

Le cannabis et ses différentes formes

Le cannabis est associé à la plante Cannabis sativa. Les fleurs et feuilles de celle-ci comportent des médiateurs chimiques responsables d’effets qui modifient l’activité mentale. Les différents produits du cannabis comprennent : (1) les matières végétales séchées qui peuvent être fumées pures ou mélangées à des produits du tabac, (2) les concentrés et le hachich qui est une résine comprimée, (3) les aliments et boissons contenant des extraits du cannabis.

Plus d’une centaine de substances chimiques présentes dans le cannabis sont désignées par l’appellation cannabinoïdes et sont des composés chimiques ayant un impact sur les récepteurs des cellules nerveuses. Le cannabinoïde le plus étudié est le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC). Celui-ci serait le principal responsable des effets neurologiques du cannabis. Suite à une culture sélective, la teneur en THC du cannabis est passée de 3 % qu’elle était en 1980  à plus de 15 % aujourd’hui. Certaines souches pourraient même afficher plus de 30 % de THC. Lorsque le cannabis est fumé, son odeur caractéristique provient des agents chimiques de la famille des terpènes qui lui donnent des odeurs variées telles les essences de pin, d’épices et d’agrumes.

Parmi les nombreux modes de consommation du cannabis, l’inhalation de fumées est la plus toxique, car elle ajoute aux agents toxiques présents dans la plante un grand nombre de produits de combustion parmi lesquels on retrouve les éléments suivants : goudron, monoxyde de carbone, acide cyanhydrique, nitrosamines, chlorure de vinyle, benzopyrène, benzanthracène, et autres composés aromatiques. La plupart de ces agents sont également présents dans la fumée de cigarette.

Effets du cannabis

L’inhalation de fumées de cannabis produit des effets ressentis dans les secondes suivant l’inhalation et dont la durée varie de deux à six heures alors que l’ingestion d’un aliment ou d’une boisson contenant du cannabis peut produire des effets dans les 30 minutes suivant l’ingestion et qui peuvent durer jusqu’à 12 heures ou plus.

Parmi les effets possibles à court terme du cannabis, on retrouve des effets analogues à ceux de la fumée de cigarette au niveau de la fonction pulmonaire et cardiaque avec en plus des effets associés à la présence de THC qui affectent la coordination, le temps de réaction, la concentration et la capacité d’évaluer les distances. Les facultés peu vent être affaiblies durant plus de 24  heures après la consommation de cannabis. On a démontré que le THC présent dans le cannabis augmente la concentration d’endorphines, médiateurs chimiques associés au bien-être, et incite les adeptes à con sommer davantage. Près d’un consommateur de cannabis sur 10 développera une dépendance.

L’exposition des enfants et adolescents au cannabis soulève de grands problèmes de santé publique. Outre les risques d’effets à long terme sur les capacités mentales, on note des effets marqués au niveau du système respiratoire. Au Colorado, on a noté peu après la légalisation du cannabis en 2016 que la présence de traces de marijuana chez les tout-petits dont les parents sont des consommateurs a doublé chez les enfants souffrant de problèmes respiratoires.

Inhalation de fumée secondaire de cannabis

On a mesuré la teneur en THC dans le sang de personnes ayant été exposées durant 3 heures dans un espace bien ventilé et exposées à la fumée de cannabis provenant de fumeurs voisins. On a ainsi pu détecter des traces de THC chez ces non-fumeurs, mais en quantité suf fisamment faible pour que ces personnes n’échouent pas un test de détection de drogue qui serait effectué par les autorités. D’autre part, des tests effectués chez des non-fumeurs ayant été présents durant une heure dans une pièce non ventilée partagée par des fumeurs ont donné des résultats positifs aux analyses d’urine effectuées dans les heures suivant l’exposition. Dans certains cas, l’exposition aux fumées secondaires dans ces derniers tests aurait été suffisamment élevée pour provoquer une sensation d’intoxication et des effets au niveau des performances motrices.

Des expériences chez des animaux ont également démontré que l’exposition aux fumées ambiantes de cannabis a des effets analogues à la fumée de tabac sur la circulation sanguine. Les effets étaient indépendants de la teneur en THC.

Contrôle en milieu de travail

Quelles sont les mesures de contrôle requises dans un milieu où des travailleurs risquent d’être exposés à la fumée ambiante de tabac ou de cannabis ?

Le premier impact des fumées ambiantes de tabac et de cannabis est associé à la présence de produits de combustion et affecte principalement le système respiratoire. Sur cette base, un bon contrôle de la qualité de l’air et le maintien du taux de particules fines à des valeurs typiques d’un environnement sain, soit moins de 10 à 30 microgrammes de particules fines de moins de 10 microns par mètre cube d’air, est considéré comme un gage de qualité et nous apparait apte à éviter également les effets qui pourraient être associés à la présence de THC en cas de fumées de cannabis. Les travailleurs présents en zones de consommation devraient ainsi être assujettis à un contrôle de qualité de l’air sous la direction d’un professionnel agréé en hygiène environnementale. Les situations dérogatoires devraient ensuite être corrigées par une modification du comportement des personnes consommatrices de tabac ou cannabis, le déplacement des travailleurs exposés ou encore l’installation de dispositifs de ventilation aptes à réduire les concentrations de fumées en ces zones.


Références bibliographiques
  1. Statistiques Canada [http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/demo07a-fra.htm].
  2. Santé Canada [https://www.canada.ca/fr/sante-canada/ services/preoccupations-liees-sante/tabagisme/legislation/etiquetage-produits-tabac/tabagisme-mortalite.html].
  3. NIH [https://www.drugabuse.gov/publications/marijuana/ what-are-effects-secondhand-exposure-to-marijuana-smoke].
  4. LRQ, L-6.2 – Loi concernant la lutte contre le tabagisme.