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MOT DU RÉDACTEUR SCIENTIFIQUE

CHROME HEXAVALENT ET SES COMPOSÉS – Nouvelles recommandations

Maximilien Debia1

Dans la famille des com­posés du chrome, on re­trouve plusieurs substances contenant du chrome(VI) comme le chromate de strontium, le chromate de
plomb, le chromate de zinc et l’acide chro­mique. Les travailleurs peuvent être exposés au chrome(VI) dans plusieurs milieux de travail incluant la production de chromates, la production et l’application de peintures et de revêtements, dans les fonderies et ateliers d’usinage et lors d’activité de soudage (1).

Le chrome(VI) et ses composés sont classés cancérogènes pour l’humain, groupe 1, par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). De plus, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) con­sidère que le chrome(VI) et ses composés sont génotoxiques et mutagènes (2). Le modèle de calcul d’excès de risque utilisé dans l’ex­pertise de l’ANSES conduit à estimer 1 cas de décès par cancer de poumon supplémen­taire pour 100 travailleurs exposés (8 heures  par jour, 5 jours par semaine, 240 jours par an, pendant 45 ans de 20 à 65 ans) à une concentration de 1 μg/m 3 de chrome(VI), 1 cas pour 1000 à 0,1 μg/m 3 et 1 cas pour 10 000 à 0,01 μg/m 3.

Considérant ces effets, plusieurs organi­sations ont récemment réévalué les recom­mandations d’exposition professionnelle. L’American Conference of Governmental Industrial Hygienists (ACGIH) vient d’établir une nouvelle recommandation TLV­TWA (3) de 0,2 μg/m³ de chrome(VI)hydrosolubles
(fraction inhalable). Avant 2018, deux valeurs TLV­TWA pour les chromates étaient pro­posées par l’ACGIH selon leur solubilité : 10 μg/m³ pour les composés chrome(VI) hydroinsolubles et 50 μg/m³ pour les com­posés chrome(VI) hydrosolubles. De plus, cer tains composés du chrome possédaient leur propre valeur, comme pour le chromate de strontium avec une TLV­TWA de 0,5 μg/m³. Ces anciennes recommandations de l’ACGIH sont identiques aux différentes valeurs d’ex­position moyenne pondérée (VEMP) actuel­lement en vigueur au Québec.

En France, à la suite d’une recommanda­tion de l’ANSES (2010) (2), une valeur limite d’exposition unique de 1 μg/m³ a été promulguée en 2014 pour englober les ex­positions au chrome(VI), qu’il soit sous forme soluble ou insoluble, considérant que les formes solubles et insolubles sont de même toxicité (4). Le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) a proposé en 2013 une REL (Recommended exposure limit) unique de 0,2 μg/m³ pour les expositions au chrome(VI) (health­based recommandation) (1).

Les recommandations de l’ANSES et du NIOSH, en regroupant toutes formes de chrome(VI), sont plus faciles à mettre en œuvre et les résultats plus simples à inter­préter et à communiquer en comparaison de la stratégie actuellement utilisée au Québec qui combine des fractions solubles et insolubles avec différentes VEMP (5). On note toutefois une discordance entre les va­leurs recommandées. Cette différence est ex­pliquée par l’ANSES qui estime que la valeur de 1 μg/m³ est la plus basse possible tenant compte des capacités techniques d’analyse
actuel lement en vigueur en milieu profes­sionnel (2). Le NIOSH affirme pourtant en 2013 que la REL de 0,2 μg/m³ pro posée est facilement mesurable par les techniques actuelles (1).

Un aspect technique a donc été considéré pour établir la concentration de 1 μg/m³ proposée par l’ANSES. Ceci est intéressant puisque l’adoption automatique des recom­mandations de l’ACGIH proposées lors de la consultation publique pour la révision de l’annexe 1 du RSST, bien que présentant de nombreux avantages, pourrait donc conduire dans certains cas à des valeurs li­mites règlementaires difficilement applica­bles. Dans tous les cas, rappelons-­nous qu’en présence de substances cancérogènes sans seuil, l’exposition des travailleurs doit être
réduite au minimum!


1 – Maximilien Debia- RÉDACTEUR SCIENTIFIQUE [maximilien.debia@umontreal.ca]

Références bibliographiques

1. National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH). (2013) Criteria for a recommended standard occupational exposure to hexavalent chromium. DHHS (NIOSH) publication No. 2013-128.
2. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail-(ANSES). (2010) Valeurs limites d’exposition en milieu professionnel-Les composés
du chrome hexavalent. Avis de l’ANSES. Rapport d’expertise collective. 95p. Maisons-Alfort, France : ANSES.
3. Threshold limit value − time-weighted average.
4. Vincent, R., Gillet, M., Goutet, P. et al. (2015) Occupational exposure
to chrome(VI) compounds in French companies : results of a national campaign to
measure exposure (2010-2013). Ann Occup Hyg, 59(1), 41-51.
5. Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).
(2014) Utilisation des résultats de chrome hexavalent (VI) hydro-soluble et hydro-insoluble
du laboratoire en lien avec les normes du RSST. InfoLABO N°2014-06.

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